Bui Thanh Phuong répond
Comment différencier un ''Faux BUI XUAN PHAI" et son
chef d'oeuvre?
Actuellement au VIETNAM, il existe aucun expert dans le domaine de l'Art formé
de façon officielle.Les acheteurs potentiels des tableaux d'Artistes vietnamiens
de renom, surtout ceux de BUI XUAN PHAI, sont inquiets à l'idée de se tromper en
achetant un Faux:c'est une réalité devenue constante.Alors comment faire pour
éviter des copies?
Ceci est apparu comme une botte secrète qui s'appuie sur quelques éléments
basiques:l'Expérience et l'Intuition; en un instant, nous pouvons séparer le
vrai du faux de façon scientifique.Pour arriver à ce stade, il faut que celui
qui admire les tableaux de BUI XUAN PHAI connaissent sa personnalité, les étapes
de son parcours artistique, puisqu'à chaque étape,l es oeuvres sont intimement
liés à sa Vie d'homme et d'artiste à la fois, aux soubresauts du siècle
précédent, c'est à dire si possible étre le contemporain de BUI XUAN PHAI pour
étre sensible et sensibilisé aux sujets que l'artiste a choisi, afin de
débusquer ainsi le Faux Tableau à partir de très petits éléments, aussi
surprenants soit-il.Pratiquement tous les tableaux de BUI XUAN PHAI sont peints
avec sincérité et réalisme, c'est pour cela qu'ils arrivent à émouvoir le
visiteur alors que le Faux ne peut prétendre atteindre de tel objectif.Celui qui
est en symbiose avec Phai, en regardant un portrait, reconnait le modèle de
telle année, en contemplant un tableau sur une rue, reconnait instantanément
telle est cette rue; la signature serait placée à tel endroit du tableau(la
signature de Phai fait partie intégrante du tableau de méme que le matériau
utilisé et sa dimension etc.etc.).Un autre signe particulier est que BUI XUAN
PHAI possède une technique picturale spécifique qui est sa propre réussite et
que personne ne peut falsifier.Nous pensons qu'il faut se rappeler également que
l'Artiste est décédé il y a presque vingt ans(1988), et que les tableaux
entre-apperçus sur le marché ont plusieurs dizaines d'années d'age avec les
traces du temps et de ses vissicitudes.Le point important que l'acheteur
potentiel devrait connaitre aussi(surtout si le tableau possède une grande
valeur intrinsèque) est le propre "pedigree" du tableau:à qui appartient le
tableau? Dans quelle condition cette acquisition? La personnalité du
propriétaire? (Les collectionneurs professionnels vietnamiens qui ont eu écho de
l'apparition d'un tableau sur le marché peuvent s'enquérir du nom du
propriétaire pour se faire une idée:ceci démontre que la valeur morale du
propriétaire est le garant de la qualité du tableau.)
Pour conclure, devenir Expert pour les tableaux de BUI XUAN PHAI, réclame des
connaissances scientifiques, méthodologiques et en plus de cela, étre un artiste
peintre croyant en ses propres valeurs, loyal et par dessus tout, avoir de
l'Amour pour le peintre BUI XUAN PHAI.
Telle personne, tel objet, tel endroit.Tout un chacun peut comprendre qu'une
fausse toile ne peut apparaitre d'elle méme ou tomber du ciel, elle provient
d'un faussaire recopiant soigneusement le style du peintre célèbre puis signe la
toile, ceci tout simplement à la recherche d'un bénéfice de façon la plus
condamnable qui soit.Je ne crois pas un peintre capable de faire ce travail de
galérien car tout artiste est conscient qu'il doit laisser la trace de son
talent sur terre.Si l'artiste ne réussit pas cette vocation, il ne sera qu'un
squelette désséché capable de marcher, vivre ainsi pour aller de son berceau
jusqu'au tombeau pendant 70 ans ou plus, 95 ans, à quoi sert?Je veux dire par là
que les fausses toiles des peintres célèbres vietnamiens en général et de BXP en
particulier proviennent des artisans dessinateurs ou un certain nombre
d'étudiants des Beaux-Arts au chômage, c'est pour cela que le niveau artistique
est faible et facilement détecté par des peintres professionnels.
Les copies de différents objets apparaissent depuis l'apparition de l'économie
de marché.Si vous achetez une bouteille de vin d'imitation, vous pouvez avoir
mal au ventre en la consommant et cette quantité de faux vin se laisse digérer
détruisant de ce fait la preuve.Mais la fausse toile ne suit pas le méme
raisonnement, si par malchance le client "ne connaissant pas encore la leçon"
achète une fausse toile, la ramène puis l'accroche au vu et au su de tout le
monde à un endroit le plus en vu dans sa maison, content d'avoir acheter une
toile de maitre à un prix défiant toute concurrence.Mais la joie est de courte
durée et un proverbe vietnamien dit:"C'est parceque tu es béte que ton oncle est
intelligent", quelques jours après un visiteur connaisseur lève le coin du
voile, le visage de l'hôte devient rouge comme vin, il s'empresse d'aller
chercher un bâton pour aller réclamer explications.
Dans la majorité des cas, lors de la découverte d'une fausse toile, le
propriétaire de la galerie se résigne à rembourser pour éviter que le client
autochtone lui détruit le magasin avec les flammes.Afin d'éviter d'arriver à de
telles extrémités, les galeries qui veulent fourguer de faux tableaux,
choisissent les étrangers ou les vietnamien d'outre-mer, ceux qui ne connaissent
pas en profondeur le style de BXP et méme lorsque les clients ramènent les
fausses toiles dans leur pays, aucun connaisseur de l'Art ne leur rende visite
pour découvrir le subterfuge.Une autre spécificité des fausses toiles est que
son prix est aussi faux c.à.d très bon marché.
D'après ce que j'ai compris, la deuxième génération des collectionneurs, les
visages connus tels que Trân Hâu Tûán, Bùi Quôc Chí,Ðô Huy Bác,Dung Vinh
Loi,Danh Anh ont dû "payé" l'inscription lors de leurs premiers pas dans le
monde de la collection, au bas mot quelque fois ils ont acheté des faux et
subissent les tracasseries de ces objets de malheur.Ce prix là les aide à mieux
comprendre "la leçon" et à devenir plus mature, et aujourd'hui ils deviennent
les pros des toiles de Phái.
La période où les affaires marchent bien pour le monde des faussaires se situe
dans les années 90, le début démarre avec l'exposition et le livre de
Plumblossoms en 1991(édition et exposition de tableaux du VN à Hong kong ayant
pour titre "L'âme en toute simplicité").Dans ce livre, d'une impression
remarquable et monumental que les peintres vietnamiens n'ont jamais vu au
paravant, à notre grand regret, le nombre de fausses toiles de BXP est plus
nombreux que les vraies et nous ne savons pas combien de faux tableaux ont été
exposés, sauf que, après le déballage, le directeur américain de cette galerie
de renom Plumblossoms a coupé tous les ponts avec ses collaborateurs vietnamiens
avec comme motif les mauvais renseignements l'ayant amené à acheter et exposer
des faux tableaux.
Ensuite il faut parler des noms représentatifs que les collectionneurs
vietnamiens connaissent bien:Madame Hui, le propriétaire de la galerie La Vong,
le collectionneur vietnamien d'outre-mer Hà Thúc Cân vivant à HongKong, le
collectionneur coréen Ku(tous ces gens ont un "groupe de guides
vietnamiens")toutes ces personnes ont acheté et revendu au minimum chacun 50
fausses toiles de BXP, huile sur toile ou gouache.Pourquoi je certifie cet état
de fait?Tout simplement qu'avec ces faux, ils impriment dans les revues de leur
pays.Lorsque je suis allé aux Etats-Unis en 1995, le collectionneur Phó Bá
Quan(directeur d'une banque aux Etats-Unis) me montre la vingtaine de tableaux
qu'il a pu acheté, la totalité est fausse, peintes de façon négligente,laides
sans savoir à quel saint voué. Pour les avoir, Monsieur PBQ doit les acquérir à
un prix fort auprès de Hà Thúc Cân.Quelques temps après, j'ai eu des
remerciements de la part du collectionneur des Etats-Unis après que celui-ci ait
ramené la collection à Hong Kong pour rendre à HTC et lui réclamer de
l'argent.Parlant un peu plus de ce collectionneur Hà Thúc Cân, après cette
histoire, il est venu me rencontrer au VN et le plus étonnant, en le voyant au
début, je crois qu'il vienne chercher des histoires, en fait, naivement il me
fait des confidences:"Je ne suis aussi qu'une victime" et c'est aussi la
dernière phrase que j'ai entendu de ce collectionneur très connu, il paraitrait
qu'il est décédé il y a quelques années.
Après le décès de BXP, je ne sais combien de fois je dois étre témoin visuel de
fausses toiles et discuter avec les victimes des pirates de l'art pictural.La
plupart du temps, lorsque les clients achètent des toiles de grande valeur, ils
demandent mon avis.J'ai un principe de fer c'est de devoir la vérité.Si la toile
est fausse, quelque soit le propriétaire, il n'y aura pas de
compromission.Lorsque je confirme une toile fausse ou vraie, dans tous les cas,
je prends ma responsabilité sans prendre un sou et voit cela comme une
obligation à chaque fois que l'on me sollicite pour les toiles de BXP.Le nombre
de clients ayant eu à demander mon avis est d'à peu près une trentaine,
vietnamiens, français, coréens, japonais, américains...Depuis vingt ans que BXP
est décédé, le monde des faussaires a eu à remballer plus d'une centaine de
toiles, de différentes dimensions et matériel et l'argent que j'ai épargné pour
les clients vietnamiens et internationaux n'est pas inférieur à 200.000 usd;
ceci est de la fourchette inférieure puisque rien que pour le collectionneur
Phùng Tát Tháng, j'ai épargné pour lui au bas mot 20.000 usd; ce personnage, de
temps en temps, m'amène une toile pour demander s'il peut acheter; après avoir
su que c'est une copie, s'empresse de rendre la fausse toile au propriétaire et
récupère l'accompte, plusieurs fois de suite sans se décourager, à la fin il
amène une vraie toile de BXP avec la méme ancienne question tout en recevant une
nouvelle réponse:c'est une vraie toile.Mais ce collectionneur ne donne pas
l'impression d'étre réjoui, il finit par avouer "sauf cette toile, ils ne
veulent pas vendre mais juste pour te faire expertiser".
Veux-tu connaitre la botte secrète me permettant de séparer le bon grain de
l'ivraie?A part les ficelles que j'ai donné dans "Comment différencier un ''Faux
BUI XUAN PHAI" et son chef d'oeuvre???", j'ai encore une autre ficelle, en la
croyant insignifiante mais c'est suffisant pour reconnaitre un faux tableau d'un
vrai alors qu'on n'a pas encore regardé la toile:c'est de demander à regarder le
côté pile de la toile.Peut-étre tu ne connais pas encore mais le côté pile de la
toile a son propre langage.
De son vivant, BXP est-il conscient qu'un jour il sera
copié?
A l'époque de BXP, les gens sont plus romantiques, plus humains que notre
époque.A cette époque là, la chanson "L'amour C'est Pour Rien " passe
régulièrement sur les ondes et "l'amour c'est pour rien" est une réalité.Les
belles toiles des artistes-peintres qui sont là pour étre offertes, sont monnaie
courante.Les toiles originales des peintres ne sont pas admirées à leur juste
valeur, ne parlons pas des copies;BXP s'est posé la question à savoir si ses
toiles seront copiées un jour et a envie de voir l'exemplaire copié.
DE QUELLE MANIERE L'ART DE BUI XUAN PHAI A-T-IL ETE
ACCUEILLI DANS LES ANNEES 60-70?
Il m'a raconté une réunion ayant eu lieu à l'école des Beaux-Arts avec comme
sujet:"Critiques et auto-critiques"(1957).quand le jury lui pose la question:"A
qui est destiné votre travail?" Il répond sincèrement:"En premier lieu, je peins
pour moi-méme, et c'est parceque j'accepte mon travail, que ce travail peut étre
apprécier par le public.L'école des Beaux-Arts ne peut accepter un raisonnement
artistique semblable de la part d'un de leurs enseignants, d'autant plus qu'il a
fait "une faute", c'est pour cela que quelques mois après, le corps directorial
de l'école lui a demandé de remettre sa démission.Cet événement fait prendre
conscience à BXP qu'il ne fait plus partie intégrante du mouvement artistique
officiel.Méme si BXP atteint le but supréme dans l'expression de son art et il
termine sa vie dans les applaudissements nourris du public, mais je pense
tristement, qu'il a gardé un complexe de quelqu'un qui a resquillé durant son
voyage dans le train artistique.
Il faut attendre 1976 pour que le Musée des Beaux-Arts du Vietnam accueille pour
la première fois une toile de BXP(HST;la toile s'intitulant:"Ha Noi fait de la
Résistance") en la rachetant à Monsieur PCL(qui lui, a reçu de l'artiste).BXP et
sa famille étaient à cette époque, dans des conditions de vie très difficiles,
et c'est regrettable que le Musée des Beaux-Arts, méme s'il veut acheter de
façon symbolique une seule toile, pourquoi ne pas acheter directement chez
l'artiste?
En 1978, les éditions des Beaux-Arts sortent un livre, peut étre le plus
conséquent pour présenter les peintres modernes vietnamiens.Dans ce livre,
plusieurs peintres officiels ont quelques pages pour présenter leurs oeuvres,de
taille conséquente, en couleur;BXP a aussi sa "toile" sans son consetement(sans
qu'il puisse choisir le meilleur des ses tableaux) et cette toile se retrouve
imprimée en annexe " aussi petite que trois doigts", en noir et blanc.
Mais je pense qu'il y a quelque chose d'extraordinaire et de magique dans la
vie, c'est que l'art de BXP est le plus apprécié du public et qu'il a le plus de
toiles"allant" vers celui-ci.et la vie a confié à BXP le passeport de
l'Immortalité pour récompenser une vie de dure et difficile labeur artistique.
QUELS SONT LES PEINTRES PREFERES DE BXP?
Il y a deux peintres vietnamiens que BXP admire et presque les considère comme
ses propres maitres.Il est évident que mes observations sont objectives car je
ne suis pas BXP pour affirmer que ce que je dis est juste.Le premier est le
peintre Nguyên Gia Trí.Autrefois, il a échangé quelques uns de ses tableaux à un
ami pour obtenir une toile par découpage de papier de Nguyên Gia Trí.Il a
accroché avec respect ce tableau dans son atelier.ll parle souvent de Nguyên Gia
Trí lorsqu'il converse sur les choses de l'art avec ses amis avec tout le
respect pour l'art et la façon de réagir devant la dictature de ce peintre.En
1979, pour la première visite de BXP à Sài Gòn, le seul peintre que BXP brûle
envie de rendre visite est Nguyên Gia Trí. Les deux peintres célèbres vivant des
deux capitales différentes, venant de sortir d'une guerre qui les a séparé
presque d'un demi-siècle se rencontrent.Lorsque BXP rentre, je n'ai pas vu BXP
raconter les sujets de leur conversation, mais je vois que BXP donne
l'impression d'étre déçu de son idole, il dit:"Monsieur Trí parle beaucoup et
parait perdre sa mémoire."
Le respect que BXP porte pour le deuxième artiste est Nguyên Tuòng Lân.Les
oeuvres ainsi que les documents sur cet artiste au Vietnam sont rares.Tout reste
peut-étre dans les souvenirs de ceux qui sont de sa génération et c'est eux qui
ont admiré les oeuvres et le caractère qui peuvent ainsi raconter.Cependant, en
1981, j'ai eu l'occasion d'accompagner BXP pour rendre visite à Monsieur Ðúc
Minh, collectionneur.Ce jour là, BXP me montre deux toiles aquarelles et
présente comme étant les oeuvres de Nguyên Tuòng Lân et juge:"Vraiment c'est
talentueux, il est au summun de son talent avec les aquarelles".
BXP admire les toiles de Nguyên Sáng et Nguyên tu Nghiêm, ses contemporains.Dans
la collection que BXP a laissé après sa mort en 1988, dans le cartable spécial,
on n'a vu que les oeuvres de Nguyên Sáng et Nguyên Tu Nghiêm.
Tu me poses la question pour connaitre les peintres étrangers que BXP admire?Oh,
c'est une liste longue à décrire.En début de liste c'est Picasso et BXP prend
celui-ci comme un miroir pour son âme. De son vivant, il a le souhait de poser
une fois ses pieds à Paris pour pouvoir admirer de ses yeux les toiles de
Picasso.Son réve a failli se réaliser en 1982 grâce au comité catholique contre
la faim et pour le développement(CCFD) qui lui a envoyé une invitation pour la
France.Cette fois là, il est allé se présenter aux organismes habilités qui lui
ont refusé l'autorisation de départIl leur a demander les raisons officielles du
refus pour répercuter l'avis vers le côté français. Le représentant du
gouvernement vietnamien recommande à BXP d'invoquer une "grippe".Je me rappelle
toujours du rire plein d'amertume et du commentaire du compositeur Van Cao à la
connaissance de cette histoire et comme pour consoler BXP, dit:"Ta grippe est
une grippe de notre époque, mon vieux".
Une fois BXP a dit:"Pour admirer la toile, ne pas se fier aux critiques d'Art,
dès le début, ils ont tord, ils utilisent les moyens complètement différents de
l'art picturale, ces moyens sont les commentaires et ce n'est pas la
vue".Finissant de parler, il sourit malicieusement, l'interlocuteur, content,
sourit avec lui.A l'époque de BXP, les peintres sont génés de regarder les
toiles avec "interprétation".Pour n'importe quelle toile, s'il y a commentaire,
il y a problème et le peintre ne peut éviter les conséquences.
Une histoire a été racontée par un ami de BXP concernant la toile "Ô QUAN
CHUONG" considérée comme l'une des plus belles toiles de BXP mais critiquée par
un officiel lors de l'ouverture de l'Exposition:"Hum,est-c'est une toile?les
mains derrière le dos, il reste longuement devant la toile pour regarder.Hà Nôi
est la capitale du Viêt Nam avançant vers les socialisme ou c'est une ville
morte?Venez voir:les ruelles de Hà Nôi dépeuplées, il n'y a que le soleil qui
tape dur avec les fleurs Phuong jonchant le sol comme du sang, il y a un cyclo
mais où se trouve son conducteur.Et si au loin, on peut voir les élévateurs
démontrant qu'on est en train de construire, on peut encore pardonner, alors
qu'ici...!"Cette toile est éliminée illico de l'exposition.Finissant de raconter
l'histoire, l'ami de Bxp avance un commentaire:"Je suis triste pour les peintres
de notre pays de l'époque.Ils n'ont aucune envie de faire la révolution avec qui
que ce soit ou ne veulent montrer du doigt ou détruire qui que ce soit.Ils ne
demandent que de vivre en paix pour faire ce qui leur plait.Et ils ne sont méme
pas exaucés!"
Après avoir écouté, je pense intérieurement qu'heureusement l'auteur n'était pas
présent, sinon on lui aurait sommé de répondre où est passé le conducteur du
cyclo-pousse?Et comment il doit répondre?
BXP n'aime pas donner des significations à ses toiles, il pense que la toile ne
doit pas remplacer la littérature, une toile véhiculant un message devient
lourde, irrespirable, et plus encore elle devient théâtrale et banale.Comprenant
l'esprit de BXP, je souhaite que toi aussi, tu ne dois pas regarder ses toiles
(comme à une époque lointaine) c.à.d avec interprétation.
"Atelier de teinturie" a été peint par BXP en 1969.Cette toile aussi, a été
"victime" des interprétations.Je me rappelle que ce tableau a été peint
différemment au départ : à gauche il existe une machine ronde ressemblant à un
puit avec un ouvrier, les mains posée sur les berges de l'appareil.A la fin de
la création du tableau, celui qui a regardé la toile, se demande pourquoi cet
ouvrier est désoeuvré jusqu'à se poser les mains sur les berges du "puit"? Perte
de temps inutile?En pensant qu'il est trop mal payé et donc mécontent?Perdu dans
ses pensées pour une éventuelle révolte?ou veut-il se suicider? C'est pour cela
que BXP, pour éviter des problèmes, a fait disparaitre le personnage.Aujourd'hui
en revoyant la toile, je regrette toujours de la première disposition des
personnages, plus vivante; la disparition du personnage à coté du "puit" détruit
l'équilibre dans le rythme.
Si la compréhension de la culture artistique passe par l'interprétation, non
seulement les critiques ne sont pas constructives mais en plus, il y a
danger.Pas seulement du côté de l'art à une époque où le peintre est toujours
victime, cela est vrai également pour la musique.Les chansons de TCS ont été
sévèrement montrées du doigt comme la chanson "Tu pars, cet endroit reste
identique..." vilipendée "pourquoi la patrie change en profondeur et la chanson
est écrite "Tu pars, cet endroit reste identique? Saigon reste toujours
identique? Méme la chanson " En se remémorant de l'automne à Hà nôi" a été
interdite à cause de cette phrase: "Chaque petite ruelle va nous répondre...Je
marche en plein automne de Hà nôi" pour penser à une personne et pour avoir une
pensée pour tout le monde...".Les responsables ont posé la question;"Penser à
une personne, qui est cette personne?Pourquoi ces petites ruelles doivent
répondre? Répondre à qui?Répondre pour dire quoi?Et ainsi de suite, les
interprétations poussent les artistes en pleine trajectoire des balles! Ces
interprétations sont faites pour quel motif?Je n'ai pas vu un seul psychologue
me donner une explication satisfaisante, ce que je sais c'est que les idiots qui
s'arrogent le droit de parler jusqu'à ne plus avoir soif, de façon irresponsable
et les conséquences sont que les auteurs ayant des oeuvres "interprétées"
deviennent désespérés, tristes, et apeurés.
Histoire de Ðuc Minh
Début des années 60, Monsieur Ðuc Minh apparait et commence à acheter les toiles
pour compléter sa petite collection antérieure mais de grande valeur; ce sont
des toiles qu'il a acheté en France lorsqu'il est allé en voyage comme "Choi ô
an quan" de Nguyên Phan Chánh et "Thiêu nu bên cây phù du" de Nguyên Gia Trí et
une toile d'un maître de renommée mondiale Fujita(d'origine japonaise, vivant et
réussissant à Paris).En ce qui concerne la toile "Bên hoa huê", Monsieur Ðuc
Minh l'a acheté à l'époque de la colonisation française.Il suffit de citer ces
quelques toiles pourque les connaisseurs le saluent avec respect.
Monsieur Ðuc Minh, de son vrai nom Bùi Ðình Than, est un homme d'affaires
spécialisé dans le domaine de la "Gemmologie", réputé pour étre une grande
famille de la Capitale de l'époque.Ces conditions lui permettent de trouver pas
mal d'argent et quand il se trouve en face de l'Art, il se retrouve comme
dépendant et l'Art lui a repris la fortune qu'il a amassé patiemment
auparavant.Des fois, il est obligé de vendre des antiquités de grande valeur ou
doit emprunter pour en avoir assez pour acheter une toile qui lui fait tourner
la téte.Monsieur Ðuc Minh est propriétaire d'une grande et belle villa au bord
du lac Thuyên Quang.De 1960 à 1980, il expose la totalité de sa colection dans
la villa et on peut dire de ce lieu comme étant l'une des galerie non
officielles apparues les premières au Viêtnam depuis la réception de la
Capitale.Pendant ces décennies, les peintres et autres étudiants de l'école des
Beaux-Arts passent pour s'y instruire et y échanger les nouvelles
artistiques.C'est aussi une adresse remarquable pour les visiteurs étrangers.A
cette époque là, les étrangers ont été guidés par des commissaires politiques
d'Etat.C'est pour cela que Monsieur Ðúc Minh se sent tranquiliser et
fier.Quelques jours après, il raconte l'événement à qui veut l'entendre. Les
peintres écoutent Monsieur Ðúc Minh raconter la réception des visiteurs
étrangers avec sa soif de savoir si ses toiles ont marqué les esprits de ces
visiteurs?Souvent il décrit avec importance:"Oui, oui, je vois qu'il s'est
arrété pas mal de temps de ton tableau". Pendant des décennies 60-70, avec
l'apparition du Musée des Beaux-Arts, l'apparition de la galerie du
collectionneur Ðúc Minh est une bonne idée, car aide le public à avoir un
nouveau regard sur l'Art, c'est l'Art sans le communisme.A partir de ce moment
là, le public fait la comparaison et se dit que s'ils ont déjà vu la collection
de Ðúc Minh, ils n'ont plus envie de retourner au Musée des Beaux-Arts.Je
connais que très peu de choses sur Monsieur Ðuc Minh, car lorsque Monsieur Ðuc
Minh rend visite à BXP à cette époque, j'étais encore enfant.Mais en cherchant
bien dans ma mémoire, il y a pas mal de choses remarques.Je me rapelle toujours
la façon mémorable dont Monsieur Ðuc Minh achète les toiles à l'atelier de BXP:
à part l'habiture de négocier le prix, il a encore l'habitude lorsqu'il sort de
l'argent, Monsieur Ðuc Minh jette un coup d'oeil aux alentours pour trouver un
petit tableau à son goût et demande en avoir en plus(ces toiles que BXP "ajoute
en plus" ont souvent plus de valeur et sont plus belles que les toiles
achetées).Je n'ai jamais vu Monsieur Ðuc Minh étre déçu avec cette manière
d'acheter.Et une autre habitude, qui a permis aux peintres de l'époque de le
surnommer "le vieux renard", est de venir à l'atelier à l'approche du Têt,
puisque les besoins de la famille de l'artiste sont importants, ce qui permet à
Monsieur Ðuc Minh de choisir les tableaux qu'il veut et imposer son prix,
l'artiste ne peut que dire oui.Mais il faut reconnaître que les peintres des
années 60 et 70, ont plus ou moins reconnu en Monsieur Ðuc Minh leur sauveur.
Je me rapelle d'une visite de Monsieur Ðuc Minh à BXP; avant d'acheter les
toiles, il lui raconte l'histoire d'hier où il a reçu le peintre Thang Long à
son domicile(ce peintre a disparu corps et âme depuis longtemps).Thang Long a
exposé à Ðuc Minh son cas: il était oblgé de vendre son sang à l'hopital il y a
quelques jours pour pouvoir acheter de la nourriture.Maintenant que la
nourriture est épuisée et sa santé chancelante, l'hopital refuse de lui acheter
une nouvelle fois son sang. Monsieur Ðuc Minh raconte:"Il m'a amené un tas de
toiles et me demande de lui en acheter, par pitié, je lui en ai pris une".Après
avoir entendu l'histoire de ce confrère, je me rappelle toujours de l'état de
BXP, il ne fait pas de commentaires mais baisse la téte et se perd dans ses
pensées.Nul ne sait à quoi il pense.
Dans la collection de Monsieur Ðuc Minh, il y a tous les noms célèbres de
l'école des Beaux-Arts d'Indochine.Celui dont Monsieur Ðuc Minh a le plus de
toiles est BXP.Il en a tellement que pendant les décennies 70, Monsieur Ðuc Minh
dit avec tout le monde:"Dans ma collection, il y a trop de toiles de BXP;
pourque j'achète maintenant, il faut que les toiles soient remarquables et le
prix peu cher".Monsieur Ðuc Minh a tenu parole, on le revoit passer voir BXP et
vers 1974, il arréte totalement l'achat de toiles de BXP.1975:Réunification du
pays, Monsieur Ðuc Minh va vivre à HO CHI MINH ville, quelques années après, il
meurt subitement.
A l'âge de 13 ans(1969), je rentre dans le monde des couleurs et des images,
j'ai eu aussi mes premières toiles reproduites dans la revue de l'Art.Un jour,
lorsque Monsieur Ðuc Minh passe rendre visite, BXP montre à Monsieur Ðuc Minh la
revue où se trouve l'article, et BXP fait des commentaires sur son fils:"Je vois
quelques choses d'épatants dans ses toiles".Monsieur Ðuc Minh écoute ces paroles
convaincantes et finit par m'acheter les trois toiles de suite.Ces premières
sensations fortes à la réception de l'argent en provenance d'un travail qu'on
aime, je ne peux l'oublier.Et je me rappelle qu'après m'avoir donné de l'argent,
il se tourne vers BXP pour ajouter...quelque chose encore, et BXP a choisi une
toile à son goût et donne au collectionneur comme une compensation.Après, à
chaque fois que je repense, les gestes de ces deux, en réalité, ils veulent
m'encourager à persévérer.Et puis en 1994, je reconnais une des toiles publiée
de façon solennelle dans une revue d'art de Hong Kong.Quelqu'un a sauvagement
effacé ma signaturepour remplacer par celle de BXP.Celui qui est au courant de
l'histoire que je viens de raconter, reconnait probablement qu'il a offensé en
méme temps trois personnes.
Histoire de Lâm Café
Le café Lâm est un café bien connu des artistes pauvres de Hà Nôi des années
60.Le patron est Monsieur Nguyên Van Lâm.Ses clients l'appellent amicalement Lâm
Toét ou bien Lâm Khói. Monsieur Lâm est petit et maigre. Ses yeux ne sont pas
collés mais il a l'habitude de les cligner et ses yeux sont toujours humides.
Celui qui le recontre pour la première fois le trouve très "dramatique" et il
sait profiter de cet état "dramatique" pour utiliser la technique du
"Drame"(Souvent, il joue le rôle de celui qui n'a pas assez d'argent pour
acheter les toiles, il arrive ainsi à acheter des toiles aussi peu chères
presque gratuites).Monsieur Lâm est amoureux de l'Aaart avec l'amour sincère et
devient collectionneur malgré lui(Il est évident qu'actuellement on le considère
comme l'un des meilleurs et précurseur, maitre dans le monde des collectionneurs
actuels au Vietnam). Avec la sensibilité intérieure, Monsieur Lâm peut
différencier la belle toile à une croûte, une toile de la création à une toile
des sentiers connus.Il a les yeux entrainés pour reconnaitre la beauté,
comparables à ceux des professeurs, des critiques d'art de l'époque. Monsieur
Lâm Toét aime particulièrement les artistes, surtout les peintres Bùi Xuân
Phái,Nguyên Sáng, Duong Bích Liên, Nguyên Tu Nghiêm, Trong Kiêm, Luu Công
Nhân,Van Cao, Nguyên Si Ngoc...Tout ce monde est sa clientèle habituelle de Lâm
Toét et ce sont aussi des débiteurs à vie de son magasin. Le poète Nguyên Tuân a
plaisanté:"A gauche de la Seine, il y a le Musée du Louvre, à droite du fleuve
rouge il y a café Lâm". Les peintres nécessiteux, ont une ardoise chez lui.
Monsieur Lâm ne se presse pas pour réclamer son dû, lorsqu'il reçoit une toile
d'un artiste endetté, il ne marchande jamais, pour demander d'ajouter d'autres
toiles.Ces artistes lui donnent des toiles pour étre accrochées aux murs, en
échange, ils ont des petits-déjeuners comprenant deux oeufs au plat et du pain
et puis après ils ont méme eu droit à du café et des cigarettes pour fumer. Les
peintres pauvres peuvent commander de façon détendue les plats sans à avoir à
payer.Tout est enregistré sur l'ardoise, jusqu'à ce qu'il y en a un peu, il dit
doucement:"Cher ami, c'est suffisant pour une toile".Qu'importe la toile, il
n'est pas difficile.Réalisme, surréalisme, cubisme, fauvisme ou dadaisme...Pour
lui, tout est du pareil au méme, il donne toute sa confiance dans la
responsabilité des artistes, puisque si la toile est mauvaise, elle est mauvaise
pour la réputation de l'artiste mais pas pour lui.
En fait, Café Lâm est un café non officiel de l'époque, une galerie non
reconnue, lieu d'exposition des artistes de Hà Nôi, au service du public depuis
les années 60 jusqu'aux années 80, année de l'ouverture à l'économie de marché,
les artistes vietnamiens ont droit à des expositions, pour présenter leurs
enfants spirituels(A partir des années 90, les peintres vietnamiens ont eu
vraiment l'occasion d'exposer leur travail artistique devant le public et ont
aussi l'autorisation d'exposer les toiles à l'étranger) C'est pour cela, qu'en
repensant à ces périodes difficiles et dangereuses, l'histoire de l'art
vietnamien, si elle doit s'écrire, ne doit pas oublier le travail de Monsieur
Lâm café. Les documents et articles censés sur Café Lâm n'existent à peu près
pas, les légendes et racontars sont nombreux.Dans la réalité, Monsieur Lâm, méme
s'il veut, ne peut prendre à chaque peintre que trois à cinq toiles, car la
superficie de son domicile ne peut en contenir davantage.La façon dont Monsieur
Lâm collectionne les toiles est comparable aux collectionneurs de plantes, telle
plante non possédée on essaie d'en avoir, telle plante possédée, on en arréte
là.A cette époque là, les collectionneurs collectionnent de façon naturelle et
naive, on collectionne par passion, cela s'arréte là, sans aucun moteur
financier ou de renom.A cette époque là, les peintres sont considérés comme
étant "bizarres", les collectionneurs d'autant plus.Il suffit d'imaginer, que si
à cette époque là, Monsieur Lâm fait faillite et doit mettre aux clous ses
affaires, on se demande à qui on peut vendre ces tableaux, puisque c'est très
simple, personne n'achète les toiles à l'époque où dans tout le pays, il n'y a
que des "misérables". Et dans ces moments historiques, notre pays s'est fermé
par rapport à l'étranger(Méme à notre époque actuelle, les vrais clients de
l'art pictural sont toujours des étrangers.Les vietnamiens achètent aussi des
tableaux mais dans l'objectif de revendre... aux étrangers).A mon avis, Monsieur
Lâm possède cinq huiles sur toile de Bùi Xuân Phái d'assez grande dimension.La
plus petite d'entre elles mesure 60cm x 80cm(la toile s'intitule Hàng bac, qui
appartient désormais au collectionneur Trân Hâu Tûán.Notre ami Tûán s'est
félicité que de nombreuses personnes désirent acheter cette toile et ont poussé
le prix jusqu'à 15.000usd, Tûán a refusé et avance comme explication:" Avec
cette somme, je ne peux trouver une autre belle toile, grande et monumentale de
Phái".Les toiles présentes dans le café Lâm sont superbes et toutes ont pris les
couleurs du temps et de l'espace de Hà Nôi.En les regardant, on est ému, mais en
parlant des "couleurs du temps", on se veut "in", en fait, en réalité, elles
sont imprégrées de la fumée de tabac des clients du café Lâm.Tous les jours, les
clients crachent inconsciemment la fumée pendant plusieurs décennies, les toiles
s'assombrissant sont une évidence.Les peintres de l'époque où Monsieur Lâm est
collectionneur meurent petit à petit, Monsieur Lâm disparait à son tour il y a
quelques années, c'est pour ce motif que le café n'arrive pas à garder son
aspect attirant d'antan.Maintenant que l'on revient chez café Lâm, on a
l'impression que le client ainsi que le propriétaire sont très diablotins.Les
toiles sont toujours là, la boutique n'a pas beaucoup changé mais peut-étre
l'envie de collectionner et l'humanisme se sont beaucoup dissipés.
HISTOIRE DE Bong Hang Buom
Bông Hàng Buòm est un surnom donné par les artistes-peintres au collectionneur
Pham Van Bông pour ne pas se méprendre avec Bông, l'écrivain, auteur du roman
"Le buffle"(cet auteur est encore appelé Bông le buffle).Monsieur Bông est
encore appelé par BXP en plaisantant " Bong n'est pas bon"
Monsieur Bông part sans rien/revient plein les mains.
Monsieur Bông, après plusieurs années de ratissage, de fond en comble,
aujourd'hui, possède une collection respectable, bien fournie et éclectique sur
l'art pictural culturel vietnamien.Les toiles de l'artiste-peintre que Monsieur
Bông Hàng Buòm possède les plus est évidemment celles BXP. Bông Hàng Buòm vient
au monde pictural de façon tout à fait fortuite.Etant soldat artilleur dans la
guerre contre les français, dans une victoire, l'armée Viêt Minh envahit un
poste français, et les gens ne s'intéressent qu'aux trophées tels que les armes
militaires ou objets de valeur. Personne ne s'intéresse à ces quelques toiles
accrochées aux murs.Le soldat artilleur trouve ces toiles assez jolies,
s'empresse de les désencadrer, les enroule et les met soigneseument dans son sac
à dos.Dès le début, Monsieur Bông Hàng Buòm embrasse la carrière de
collectionneur avec ses mains vides, et cette habitude est devenue son compagnon
de route dans toutes ses recherches des oeuvres artistiques.
Au milieu des annés 60, Monsieur Bông et sa famille quittent leur village natal
pour arriver à Hà Nôi, à la mezzanine numéro 2 du 93 rue des voiles.La pièce est
d'à peine vingt mètres carré, vieille et mal éclairée.Dans la journée, si
quelqu'un veut lui rendre visite, doit passer par un tronçon tout obscur et pour
s'éclairer doit, soit utiliser une torche soit une boite d'allumettes et si l'on
ne possède pas ces deux objets, on doit marcher tout en passant la main
devant.Le monde des collectionneurs vietnamiens de tableaux du début sont des
collectionneurs d'antiquité, très au fait des antiquités ou des anciennes
monnaies. Après, lorsqu'ils sont en contact et apprennent auprès des peintres,
plusieurs d'entre eux deviennent des professionnels avec un regard très
aiguisé.Si on doit parler des personnes de la génération de Bông Hàng Buòm, il
faut parler de: Ðúc Minh, Bá Ðam,Lâm Toét,Trân Thinh,Huê Tóc Bac...Le nombre des
collectionneurs de cette époque n'est pas nombreux en vérité, mais ils ont le
niveau et le gôut, ils ont rendu un grand service en créant un atmosphère
enthousiaste, structurel, un esprit pour les peintres.Leur mérite ne se mesure
pas avec l'argent qu'ils possèdent, à cette époque là, tout le monde est
nécessiteux(il n'y a aucun exemple pour dire que les collectionneurs de l'époque
ont acheté des oeuvres à des prix faramineux).La chose la plus importante que
ces collectionneurs ont crée (des années 1960 à1980) est qu'ils sont les
supporters, le public qui regarde les toiles et qui classifie les peintres dans
le monde de l'art de façon la plus sûre qu'il soit. Leurs connaissances sur
l'art doivent étre un exemple pour la nouvelle génération.Cette première fournée
de collectionneurs est complètement différente de la génération actuelle des
collectionneurs .
Les histoires entre Bông Hàng Buòm et BXP ne sont pas nombreuses car si la
relation ne débute pas par la sincérité, elle ne peut amener l'émotion.Monsieur
Bông va vers BXP avec un objectif "partir sans rien, revenir avec quelque chose"
et "partir léger, revenir charger".BXP est très conscient que Bông profite de
lui, mais à peu près certain il laisse passer.En respectant la largesse de BXP à
son égard, Bông considère BXP comme son "ainé", et très obéissant à son égard.
Pratiquement, Bông Hàng Buòm est au domicle de BXP tous les soirs et s'inscrit
auprès de la poubelle de celui-ci.C'est dans cette poubelle placée dans un coin
de la maison que BXP jette les dessins qui ne lui font pas plaisir.D'habitude ce
sont des aquarelles sur papier qu'il considère inesthétique que BXP fait une
boule et, de quatre mètres de loin, y jette avec précision.A chaque fois, Bông
Hàng Buòm ne manque pas de faire l'éloge du talent de champion de baskett ball
de BXP.Chaque soir, Bông réussit à ramasser deux ou trois "balles" de cette
sorte.Puis il ramène ces "trophées" chez lui, les étale puis les repasse.Le
dernier acte passe par le retour à la case départ au domicile de BXP pour lui
demander la signature.Ces tableaux qui ont été des balles, méme de dimensions
très petites et sur papier ont été rachetés à Monsieur Bông par les
collectionneurs de Hô Chí Minh ville à 1000 usd après le décès de BXP.
Une autre technique que j'ai vu utiliser souvent Monsieur Bông est qu'il amène
pour préter à BXP une série de stylos à dessin.Il patiente pourque BXP ait fini
de les... user et c'est à ce moment là qu'il décide de les réclamer à BXP qui
n'a d'autres moyens que de donner un tableau selon les désirs de Monsieur Bông
puisqu'on ne peut rendre les stylos usés alors qu'on les a emprunté tout
neufs.On a aussi plaisanté sur ce collectionneur:"Après lui avoir dit bonjour en
lui donnant la main, il vaut mieux vérifier la totalité de ses doigts".
Et il reste dans mon esprit quelques histoires remarquables, c'est celle de "Hà
Nôi en douze nuits", l'époque où les américains ont voulu renvoyer le Nord
Vietnam vers la préhistoire, celle des théières et bols en terre cuite, en
utilisant les B52 en 1972.Ces jours et nuits de terreur, la vie ne tient qu'à un
fil, où on n'est pas sûr de survivre le lendemain.Et pourtant, lors d'une de ces
douze nuits, Monsieur Bông Hàng Buòm et Monsieur Ðúc Minh passent rendre visite
à BXP.Monsieur Bông supplie BXP d'allumer pour pouvoir montrer un tableau à
Monsieur Ðúc Minh.Dans le déchirement du ciel par des explosions de bombes, j'ai
entendu les marchandages de ces deux collectionneurs.Monsieur Ðúc Minh désire un
tableau de Kîèu de Nguyên Tu Nghiêm désormais dans les mains de Monsieur Bông et
Monsieur Bông désire que Monsieur Ðúc Minh achète la toile de BXP pour pouvoir
lui échanger.Si on n'a pas assisté à cette scène, on aurait pu dire que c'est la
scène écrite pour un film.
Lors du décès de BXP(24/6/1988), des milliers de hanoiens sont venus lui rendre
un dernier hommage.Seul Monsieur Bông Hàng Buòm est venu et resté silencieux
pendant des heures dans un coin sombre, les larmes mangeant son visage.Je
comprends que Monsieur Bông est l'un des rares à comprendre dans le détail, le
talent et les sentiments de BXP.Je viens à côté de Monsieur Bông, subitement en
méme temps, nous nous mettons les mains sur les épaules l'un l'autre, Monsieur
Bông parle doucement comme quelqu'un qui solliloque:"Monsieur Phái est vraiment
immense!Monsieur Phái est vraiment immense!"
Quel est ton avis sur la singularité des peintres?
Ce point de vue est juste pour les "Grands hommes de petites provinces", les
peintres ayant une maladie délirante et aimant se tromper pour atteindre le
bonheur.Plusieurs fois, mes yeux ont vu des silhouettes jouant de grands
artistes(à la télévision ou en ville), je me sens bien chatouiller jusqu'au
rire.Certains artistes, au delà de la quarantaine, se voulant respectables, se
rasent la téte ou laissent pousser les cheveux et les attacher en queue de
cheval, portent des lunettes rondes à la John Lennon et leur visage est très
tendue comme un moine en souffrance, cela me provoque la peur en les
regardant.Ces personnes font que leur nom soit définitivement dégôuté.En
réalité, les admirateurs(dans le monde entier) ne donnent pas d'importance à
l'aspect extérieur et ne désirent aucunement connaitre ni le physique ni le
caractère du peintre, ils ne se soucient que de l'oeuvre de l'artiste pour
savoir dans quel bois celui-ci est taillé et à quel niveau il se place.On est
d'accord pour dire que l'art est différent de la vie quotidienne, il a été
réhausser de la réalité de tous les jours à un niveau artistique agréble à
l'oeil, c'est pour cela que les artistes créateurs sont souvent singuliers.Si on
doit prendre des exemples à partir des artistes de renom du Viétnam tels que
BXP,Nguyên Sáng, Duong Bích Liên, on s'aperçoit que leur singularité est une
singularité interne.Lors des contacts avec ces maitres, on s'aperçoit qu'ils ont
une vie simple et d'agréable approche, facile à vivre.S'ils ont des traits
d'artistes, ce ne sont que des travers, aucunement ils ont besoin de
"paraitre".Je me rappelle une fois, BXP dessinant un coin d'une ruelle, et
lorsqu'il dessine un poteau électrique, un habitant du quartier, le prenant pour
un gars de la compagnie d'électricité, vient se plaindre des aléas de
l'électricité lors des périodes de pointe. Et une autre histoire d'un autre
peintre de renom, lorsqu'il est allé au marché de fleurs pour acheter une
branche de pécher, après avoir payé et n'ayant pas encore le temps de quitter le
marché, plusieurs personnes le prennent pour un vieillard nécessiteux voulant
vendre sa branche de pécher et sur le chemin de retour beaucoup de monde
s'empresse de lui poser la question :"A quel prix voulez-vous vendre la
branche?".Les grands peintres vietnamiens ne jouent pas un rôle mais c'est leur
personnalité et leur habitude.La plupart des maitres que je connais ne se soucie
guère de l'aspect extérieur, c'est rare qu'on les voit "raser de près avec le
linge tiré par les quatre épingles".Ils utilisent le linge tombant sous la
main.Une histoire de Duong Bích Liên: lors de la libération de Sài Gòn, Duong
Bích Liên s'étonne que les filles le fuient rapidement lorsqu'il va dans les
lieux de jouissance.Ne comprenant pas, il cherche une personne pour en connaitre
la raison.Il a compris, par la suite, que c'est à cause de son casque
colonial(les gens du Sud ne portent jamais ce type de casque) que les pin ups
prennent DBL pour un commissaire politique en tournée.Le peintre Nguyên Sáng a
une habitude assez hilarante, celle de s'asseoir avec les fessiers sur ses
talons.Quelqu'un, géné, lui demande de s'asseoir sur une chaise.Il répond:"Si je
m'asseois sur une chaise, je ne suis pas inpiré pour de belles chose".
Une fois, le critique d'art Thái Bá Vân arrive chez le peintre de renom Nguyên
Tu Nghiêm, accompagné d'un intellectuel vietnamien d'outre-mer.Devant la porte
fermée, il frappe et dit: "Monsieur Nghiêm, ouvrez-nous la porte".Le peintre
Nguyên Tu Nghiêm regarde vers l'extérieur et s'aperçoit que Monsieur Vân est
accompagné d'un étranger, décide de ne pas ouvrir et répond:"Si ce n'est que
vous, Monsieur Vân, qui rentrez d'accord;si non, je ne veux pas accueillir un
inconnu chez moi".
La Cène.
En 1987, après l'échec du premier mariage, je me marie pour une deuxième fois.Au
début, BXP proteste avec comme motif:"Tu vas encore te séparer, encore de la
douleur pour ta femme".Mais lorsque je lui explique que cette amie va lui
apporter la première petite fille, il acepte joyeusement.Puis je propose à la
famille un mariage simple.Pour ne pas trop dépenser, nous n'allons pas louer une
voiture pour acceuillir la mariée cérémonieusement, formellement.Ce jour là,
j'ai pris une mobylette Baberta(une mobylette tchéslovaque, interdite de
circulation de nos jours en ville) et suis allé seul, récupérer la mariée.En
voyant cela, sa famille a eu de la compassion et se dit que "Pour avoir épousé
un artiste, il faut accepter cela".Mais méme aujourd'hui, à chaque fois que nous
repensons à cela, nous sommes fiers et reconnaissons que c'est un mariage
simple, émouvant et plein de sens.Nous avons pu réaliser le mariage gr&acir;ce
aux cartes d'invitation dessinées une à une par BXP.Pour nous faire plaisir, il
a dessiné 50 petites cartes, chacune étant unique avec une mariée dans une
tunique différente, tenant un bouquet.Ce jour là, je n'ai eu que 12 pour inviter
mes amis.BXP en a dessiné 12 pour lui-méme.le reste étant réservé pour la
famille des deux côtés.Le repas de noce se passe au restaurant Phú Gia sous mon
orchestration avec une table pour douze personnes réservée à BXP et ses
amis.Mais à cause de Monsieur Bông Hàng Bûòm qui veut avoir...2 cartes
d'invitation, a de lui-méme invité l'écrivain Nguyên Huy Thiêp.nous avons dû
mettre une treizième chaise.J'ai regretté de ne pas avoir pensé à mettre en
scène et demandé au photographe de prendre BXP bavardant avec ses douze amis;
cette image là ressemble étrangement à un tableau célèbre "La Cène" de Leonardo
da Vinci.Aujourd'hui, sur le marché de l'Art, la carte peinte de la main de BXP
est vendue à 2.000 usd.
Bui Thanh Phuong
Traducteur:CHAPUIS GERARD
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